L’amitié se mesure à l’heure des départs,
Au piétinement doux des pas sur le parquet,
Quand les heures s’écoulent comme la cire des bougeoirs
Et que l’esprit au corps impose de rester.
Je me souviens d’un soir, autour d’une blanquette,
Où le rire accédait à des sommets lointains,
Je me rappelle encore des chardons dans l’assiette
De girolles clandestines qui bombaient leurs parfums.
Il y a des minutes où les départs sont proches
Mais que chaque seconde relègue au tour d’après.
Dehors, la nuit est fraîche et les mains dans les poches,
L’éternité s’acquiert à force d’espérer.
Dans le silence éteint, la ville s’effiloche,
Les fenêtres sont sourdes et les portes sont muettes.
Celle qu’on a passée se retourne et ricoche
Avalant, sans souci, la dernière silhouette.
Je me souviens toujours d’un écho cristallin,
D’un jour ancien cousu sur le bord d’une serviette,
Le lustre a des allures de soleil en chemin,
Dont la lumière flotte, dans l’air, comme des miettes.
La visite prend fin. Il faut bien se résoudre
A conjuguer l’espace du présent au futur.
La pendule se reprend, s’anime et se repoudre.
C‘est l’heure où les bientôt ont une fière allure. (R.B)
Rémi Beurion